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La perception du migrant de l'origine à nos jours

par Matt 28 Juillet 2016, 06:44 Culture générale

La perception du migrant de l'origine à nos jours

Les migrants et les réfugiés

Introduction - Qui fut le premier migrant ?

Fils d’Adam et Eve, Caïn est puni par Dieu après avoir tué son frère : sa punition est l’exil et l’errance perpétuelle. Le premier meurtrier de l’histoire de l’humanité est ainsi un migrant, et sa descendance, des nomades, des réfugiés qui fuient la colère divine. Peints comme particulièrement vils et sales dans le tableau de Fernand Cormon[1] (actuellement exposé au musée d’Orsay), où on les voit fuir la colère de Jéhovah. Leur fin est funeste en ce que, après des années d’errance, le Déluge met fin à leur existence, constituant ainsi le premier génocide de l’histoire humaine. Outre ce récit biblique, l’exil était effectivement la punition la plus grave (après la peine de mort) des sociétés antiques jusqu’au Moyen-Age. Il consiste à forcer un individu à quitter sa terre, sa famille et ses racines. Etymologiquement, exil provient du vieux français exill, synonyme de malheur, tourment. Partant de cette base historique, il n’est pas surprenant que dans nos sociétés contemporaines, le statut du migrant (qu’il soit nomade, immigré ou réfugié) soit déconsidéré. Certaines personnes observent, en effet, la montée de certains discours anti-migrations, souvent teintés de propos identitaires. En effet, les migrants constitueraient une menace à l’ordre républicain[2], une menace culturelle[3] voire une menace biologique[4].

Emmanuel Todd, commence son ouvrage le Destin des Immigrés en évoquant ces discours et constate ce paradoxe : La France est un des pays du monde où l’extrême droite réalise des scores électoraux parmi les plus élevés dans les pays occidentaux, et dans le même temps, les indicateurs anthropologiques de l’intégration (mariage entre étranger et nationaux) indiquent que les Français sont ceux qui acceptent et intègrent le plus les étrangers. A l’opposé par exemple des Etats-Unis ou du Royaume-Uni, dans lesquels les discours anti-immigration sont moins audibles et que les indicateurs anthropologiques indiquent un échec de l’intégration. Pourquoi note-t-on ce décalage si grand entre les l’idéologie et la réalité ? La question des migrations est une question ambivalente : l’ambivalence est une notion développée Eugen Bleuler définissant la schizophrénie. Cette présentation se propose de présenter cet aspect schizophrénique de la perception des sociétés sédentaires vis-à-vis des migrants, des nomades, des réfugiés, des étrangers, des clandestins, des exilés, des déplacés.

Un plan chronologique n’étant pas adapté à cet exposé, il sera organisé de façon thématique : Il s’agit en premier lieu de montrer en quoi le migrant a était craint car, comme l’écrit Ludwig Feuerbach « Le dieu terme se dresse comme gardien à l’entrée du monde » (I), à la fois admiré (II), la conclusion servant de synthèse.

Le sédentaire contre le nomade

Se protéger

Des menaces externes

Qu’on fait les hommes quand ils ont mis fin au nomadisme ? Ils se sont mis à se protéger de la violence de l'extérieur, se protéger des nomades restants, se séparer, bâtir des frontières: il existe des traces de ce besoin de protection de l’extérieur dans le langage : « town » en anglais, qui signifie aujourd’hui ville tire son étymologie de la palissade qui entourait les villages, afin de protéger les habitants de l’extérieur, des bandits, des nomades et de contrôler les entrées et les sorties des habitants. En français, l’expression « Femme enceinte » : la femme qui attend un enfant devient une enceinte pour protéger son enfant, sous-entendant que la vie ne peut que se développer que sous la protection d’une enceinte (Régis Debray).

Romulus et Rémus dresse une frontière autour de Rome, qu’il est interdit de traverser avec une arme. L’Empire romain illustre bien la lutte entre sédentaires et nomades : les empereurs successifs essaient de contrôler ses frontières en bâtissant des murailles (e.g. Mur d’Hadrien, en Grande Bretagne) ou des forteresses. L’Empire Chinois tente de réaliser la même chose, la Grande Muraille en est l’incarnation la plus célèbre. Toutefois, ils ont échoueront : Les deux empires seront détruits par des barbares (Tribus germaniques pour l’empire romain, Tribu mongols pour l’empire chinois). Le Japon résiste cependant, mais se ferme (politique du Sakoku, de 1641 à 1853). Les Mongols envahissent l’Europe également, c’est la naissance du fameux « péril jaune », qui tire son origine du des invasions mongoles du XVIème siècle. En 1880, l’Australie et les USA ont totalement limité l’immigration asiatique. Aujourd’hui, alors que nous sommes soi-disant dans une période mondialisée de fin des frontières, le Maroc, Israël et les Etats-Unis construisent encore des murs pour se protéger des immigrés.

Des menaces internes

Le début de la Renaissance, confirmé par Le traité de Westphalie (1648), en donnant largement naissance à l’Etat moderne et aux Nations, joue un grand rôle dans les migrations : D’une part, l’Etat met en place des contrôles de frontières, il supervise d’ailleurs autant les mouvements internes qu’externes (e.g. les livrets ouvriers). C’est sous ce régime que nait et se développe la notion de réfugiés de masse : l’Etat possède la capacité d’organiser, de façon centralisée, sur le plan administratif et militaire des lois et des discriminations officielles. Les brigands et les nomades « internes » sont des ennemis des pouvoirs royaux, cependant, rapidement, les conflits religions gagnent en intensité. En France, les conflits entre les catholiques et protestants au XVIème siècle ont conduit au départ de beaucoup d’entre eux, ensuite d’Huguenots[5] vers le reste de l’Europe et les nouvelles colonies. Pendant la Révolution française, de nombreux nobles fuient la France, en tant que réfugiés politiques.

La monarchie espagnole a banni les juifs en 1492 après la Reconquista, qui partiront en Afrique du Nord. La monarchie anglaise, en voulant installer son pouvoir religieux anglican, favorise le départ des protestants dans les 13 colonies[6]. On notera donc que les colonies du Royaume-Uni et de France accueillent très largement des réfugiés européens (voire des prisonniers, pour l’Australie) : c’est le retour de l’exil comme punition. L’exil forcé est un moyen d’unité par le pouvoir et se débarrasser des éléments nuisibles. Ira Glazier et Luigi de Rosa dans Migration across Time and Nations : Population Mobility in Historical Contexts estiment qu’il s’agit pour les Etats d’un moyen de diminuer la pression démographique dans des régions à forte densité.

Plus tard, d’autres réfugiés rejoindront les colonies : les Espagnols républicains (1936-1939) et les Alsaciens ne souhaitant pas devenir allemand (1871) en Algérie française. Plus généralement, les changements de frontières à l’issu de guerres ont généralement des grands mouvements de réfugiés, souvent mal traités : Les Pied-Noir ou les réfugiés de la guerre civile espagnole en France. Enfin, les nouveaux Etats issus de la décolonisation ont eux-mêmes initié des mouvements de population, cette fois vers les anciennes métropoles. C’est également avec l’Etat que naît la notion d’immigration, car sans frontières politiques, l’immigré n’est que migrant. Enfin, l’Etat-providence peut motiver les Etats à mieux contrôler leurs frontières, c’est ainsi la thèse de Léo Lucassen.

Certains groupes servent de bouc émissaires, ils sont sacrifiés à la stabilité du pays : souvent, ce sont les juifs. Au moyen-âge en Europe, la tradition était de sonner les cloches pour forcer la sortie des juifs de la ville. La cathédrale de Strasbourg, en 2013, par tradition, sonne encore cette sortie. Bannis d’Espagne, envoyés en Sibérie par l’URSS, massacrés par le régime nazi, ils constituent un peuple persécuté. Il est ironique de constater que le bouc émissaire est une tradition juive. En effet, dans la Torah, il est écrit que l’assemblée d’Israël désignait un bouc qui devait porter toutes les erreurs de l’assemblée.

Dominer

De la même façon que l’on dresse des frontières physiques (murs, murailles) entre les hommes pour se protéger, les sociétés occidentales y ajoutent des frontières mentales. Dans son Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité des hommes, Rousseau écrit :

« Le premier qui ayant enclos un terrain s'avisa de dire : ceci est à moi et trouva des gens assez simples pour le croire fut le vrai fondateur de la société civile »

Ainsi, la société civile commence quand s’arrête le nomadisme, le nomadisme constituant pour Rousseau un état de nature. L’homme nomade pour Rousseau vit dans le silence, à l’écoute de la voix de la nature : ne parlant pas, c’est donc un enfant (du latin infans, celui qui ne parle pas), le stade premier de l’humanité. L’étranger est aussi celui que l’on ne comprend pas : On trouve cette idée dans le mot barbare : son étymologie est l’onomatopée barabara (l’équivalent en français de blabla) en grec.

Cette vision, prétentieuse, des sédentaires envers les nomades n’est pas sans influence sur l’histoire. Frederick Turner, celui qui a créé la base idéologique du mythe de la conquête de l’ouest aux Etats-Unis indique que le nomadisme est vie primitive, alors que la civilisation est sédentaire dans The Significance of the Frontier in American History, justifiant ainsi la domination des colons américains sur les indiens d’Amérique, puis des américains sur les Noirs. Autant en emporte le vent (1936) de Margaret Mitchell en est une bonne illustration : Les nègres y sont décrits comme faignants, immatures[7] et incapable de comprendre la spiritualité[8].

Ce sentiment de domination tend à l’impérialisme, Ovide déjà écrivait dans Fastes « Aux autres peuples a été donné un territoire limité : Rome, elle a la même étendue que le monde ».

Par ce sentiment de domination, l’esclavagisme est justifié : le commerce triangulaire a provoqué des mouvements de population majeurs[9]. Il en est de même pour la colonisation. Lors de la Controverse de Valladolid en 1550 au Vatican, Bartolomé de Las Casas, lorsqu’il soutient que les indiens d’Amérique ont une âme, base son argumentaire sur la gentillesse et la douceur des Indiens. C’est le mythe du bon sauvage soutenu notamment par les philosophes des Lumières, par exemple : Dans Robinson Crusoé, c’est Vendredi, ou les personnages noirs de Tintin au Congo d’Hergé (1930). Diderot décrit dans Supplément au voyage de Bougainville (1772) le sauvage tahitien : « innocent et doux partout où rien ne trouvait ne troublait son repos et sa sécurité ». L’Essai sur l’inégalité des races humaines d’Arthur de Gobineau en 1853 constitue l’apothéose de ce sentiment, par la prétention scientifique de la supériorité de l’homme blanc. Toutefois, cette thèse n’est évidemment plus d’actualité, et la science tend aujourd’hui à tendre le contraire : Les races si elles existent sont bien égales.

Exotisme et développement du droit international humanitaire

L’exotisme de la modernité

Parallèlement à ce mouvement de méfiance envers les migrants, pendant la modernité, l’étranger inspire et fait rêver : c’est l’exotisme. La France connait les Turqueries au XVIIème siècle : illustrant l’ambivalence de la perception de l’étranger, le turc était à la fois apprécié et détesté : La comédie du Bourgeois Gentilhomme de Molière montre cet exotisme, cette mode tout en la ridiculisant : Louis XIV aurait en effet été vexé par l’ambassadeur du Sultan en 1669 : on admire la richesse et la beauté de l’empire ottoman (Soliman Le Magnifique, La sublime Porte, sensualité des femmes), tout en critiquant leurs mœurs, le Turc est ainsi le stéréotype du barbare, du tyran, du destructeur. La traduction Des Milles et Une nuit par Antoine Galland en 1704 contribue au développement de l’exotisme. Cet intérêt pour le Proche-Orient continue avec l’orientalisme au XVIII et XIXème siècle : Victor Hugo écrit les Orientales. En peinture, on observe l’intérêt pour les Odalisques (esclave vierge) de l’empire ottoman qui inspireront la plupart des peintres de cette époque (Renoir, Ingres, Delacroix). D’ailleurs, on peut observer à quel point l’exotisme est un idéalisme en comparant les œuvres d’Ingres et de Delacroix : Les Odalisques sont plus sales, dans des environnements pauvres chez Delacroix (qui a vécu en Afrique du Nord), alors que ceux d’Ingres sont idéalisées par son imagination et alimentées par les clichés exotiques occidentaux sur l’Empire Ottoman. Cela démontre bien le décalage entre réalité et discours ; pendant cette période d’exotisme que la France avait un strict contrôle des frontières.

Un autre mouvement artistique exotique est le Japonisme au XIXème siècle, qui a massivement touché les arts et la culture européenne dont l’importance des stands japonais aux Expositions universelles en est une illustration. Madame Chrysanthèse de Pierre Loti en 1887 qui raconte l’amour entre un jeune officier de la marine et une japonaise est ainsi un des plus grands succès d’édition de la fin du XIXème siècle. Aujourd’hui, on peut trouver cet exotisme pour l’Orient dans les spiritualités d’inspirations bouddhistes et new age.

La modernité, revanche du nomadisme ?

Cet exotisme contribue à l’intérêt des européens pour l’étranger à la période moderne. C’est à cette époque qu’on observe l’éloge du voyage. L’exil n’est ainsi plus forcément une punition : c’est un choix : le provincial qui monte à la capitale (Balzac, le père Goriot ; Marivaux ; le Paysan Parvenu) ou dans les colonies par ambition. Le voyage est aussi éducatif : Rousseau dans Emile, ou de l’éducation indique que le voyage est un élément capital de la construction des individus. Candide apprend que les thèses de Pangloss sont fausses et qu’il faut cultiver son potager. On peut aussi ajouter le voyage de Gargantua (Rabelais), ou les voyages scientifiques de Jules Verne : l’homme moderne, c’est l’explorateur, le scientifique. Aujourd’hui, il y a le programme Erasmus ou l’année de mobilité. Les voyages ont été en outre facilités par les progrès techniques.

Nombreux ceux qui disent que cette accélération des voyages, des liens, des interdépendances, la mondialisation tend à la fondation d’un homme universel, d’un homme global. Parallèlement, on observe de façon contemporaine une immigration extra-européenne de masse depuis les années 1970, qui au départ était de travail, est devenu de peuplement par le regroupement familial (1976). L’immigration est justifiée par des arguments économiques, le vieillissement des pays occidentaux, le migrant constituant une chance, un sang neuf et un apport culturel. Ce paradigme est visible dans les films populaires : Les Intouchables d’Olivier Nakache et Eric Toledano par exemple, où un jeune Français d’origine sénégalaise redonne vie à un Français vieux, handicapé et triste.

Parallèlement, on observe un phénomène qu’on appelle le retour du terroir, dont les rayons « made in France » ou les mouvements indépendantistes régionaux en sont des illustrations. De plus, le migrant, on peut le voir par certains discours peut susciter une inquiétude. Ainsi, dans Skyfall de Sam Mendes, James Bond est vieux et fatigué, mais il arrive à lutter en retournant à ses racines. Pourquoi ce retour du terroir ? On peut probablement trouver la réponse dans l’anomie qui résulte de l’absence de racines. Ce n’est pas pour rien que beaucoup de héros des fictions contemporaines sont écrasés par l’immensité du monde et par la vacuité de l’existence, dans ces sociétés post-modernes ou la Raison, la Religion, la Nation sont mis en cause : Lost in Translation de Sofia Coppola montre que ce nouvel homme sans racines est fragile, dépressif, seul et isolé par la barrière de la langue. Plus largement, les romans de Chuck Palahniuk (Fight Club), M. Houellebecq (Extension du domaine de la Lutte), Bret East Ellis (American Psycho) sont narrés par des héros dépressifs victimes de l’anomie et du nihilisme.

La figure du réfugié

C’est l’horreur de la guerre a guerre qui progressivement naissance à ce qu’on appelle l’humanitaire. C’est l’histoire de la Croix Rouge, fondée par Henri Dunant après avoir observé la bataille Solferino (1859) : au départ, l’humanitaire est ainsi dirigée vers le soin des soldats blessés. Pour Annette Becker dans Oubliés de la Grande guerre : humanitaire et culture de guerre[10], c’est l’humanitaire de guerre qui donne naissance à un humanitaire de paix. On peut également indiquer l’importance au départ du Saint-Siège dans le développement de l’humanitaire[11]. Enfin, la théorie des droit naturels de Locke, associé à la charité chrétienne contribue à l’augmentation progressive de la tolérance. L’acceptation des réfugiés, cependant, dans les faits, reste intra-européenne.

C’est essentiellement en voyant l’horreur de 1945 que l’humanitaire se développe largement. Défini par la Convention de Genève en 1951, le réfugié est une personne qui craint :

« Avec raison d’être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques en cas de retour dans son pays ».

Cependant, la convention n’est au départ que limitée à l’Europe, et pour les évènements après 1951 afin de limiter le champ d’application de la Convention. Ainsi, pendant la guerre froide, on note le phénomène des réfugiés de l’est qui « votent avec leurs pieds » pour aller à l’ouest (Hirschmann). En 1971, elle est élargie au monde entier. Enfin, depuis 1997, la construction européenne a des répercussions sur le droit d’asile, introduction de la protection subsidiaire ou asile interne, mise en œuvre de procédures de détermination de l’Etat européen responsable du traitement des demandes d’asile. En France, on compte 130 000 étrangers en 2008, essentiellement du Sri Lanka, Cambodge, Vietnam, Laos, RDC, Mauritanie, Angola, Guinée, Haïti, et des peuples comme les Kurdes, Bosniaques, Albanais, Rom, Tchéchènes. Pour avoir le statut de réfugié, il faut que le pays est reconnu son statut. En France, c’est l’Office français de protection des réfugiés et apatrides qui a la gestion et l’instruction des demandes d’asile et reconnait la qualité de réfugié.

Réfugié, un concept artificiel ?

Oliver Forcade s’interroge dans l’introduction de son ouvrage Les réfugiés en Europe du XVIème au XXème siècle : « comment reconnaitre le réfugié dans les incarnations historiques si éloignées du déplacé, de l’étranger, du clandestin, de l’exilé ou de l’immigré » ? Cette confusion n’est pas anodine, car distinguer ces types de migrants est assez nouveau, dans l’histoire des sociétés humaines, on les distingue assez rarement. Dans les sociétés grecques, on distinguait seulement les indigènes, les métèques, les barbares. Sous l’empire romain, la distinction est essentiellement entre provincial et romain après l’Edit de Caracalla en 212. Cette distinction est en effet artificielle : le réfugié est un migrant particulier, avec un statut avantageux, dérogatoire. Or, on peut acquérir ce statut uniquement pour des raisons politiques. Etymologiquement, le refuge (refugium) est l’action de fuir, sans précision de pourquoi on fuit. Pourquoi celui qui n’a pas les moyens de manger ne serait pas un réfugié ? Ne s’agirait-il pas de limiter le champ d’application de l’accueil des migrants ?

Conclusion

Pascal Bruckner, dans de nombreux ouvrages[12] évoque l’histoire de la perception des migrants : de l’étranger, il est devenu une victime dont la France serait le débiteur, endetté par la colonisation. Bruckner évoque régulièrement le danger de la victimisation des individus, dont des migrants et réfugiés. Victimiser, misérabiliser les migrants, c’est quelque part les traiter comme des « bons sauvages », comme des dominés plutôt que comme des individus responsables, citoyens comme les autres. On croit être humaniste, tout comme les philosophes des Lumières croyaient être humanistes lorsqu’ils parlaient du bon sauvage. Pour Bruckner, à ce titre, les associations antiracistes, tel le CRAN ne semblent plus être productives, en ce qu’elles racialisent la société, divisant la société en races au lieu de faire disparaitre cette notion (il en est de même pour les discriminations positives). Si on s’interroge sur l’échec de l’intégration dans le cadre universaliste républicain, il faut se poser la question : Comment intégrer des individus, si on doute de sa propre culture ? L’âge d’or de l’intégration était sous Rome, car on ne peut qu’intégrer lorsqu’on croit en la supériorité de sa propre culture.

Régis Debray, dans Eloge des frontières fustige deux idéologies : celle de la société fermée qui tend à enfermer les peuples derrières des murs, et celle de la société mondialisée qui détruit toutes les entraves entre les peuples. Il les décrit toutes les deux comme totalitaires : une qui conçoit une humanité « totale », l’autre qui divise l’humanité en totalités séparées ne partageant rien. La frontière est un filtre qui permet d’échanger tout en conservant son identité ; la frontière doit être une passoire, qui laisse entrer et sortir. La frontière empêche la négation de soi engendré par le libre-échangisme absolu et la négation de l’autre par les murs. La frontière permet aux hommes de conserver un ciment collectif, une foi dans le vivre-ensemble. La frontière est une arme contre le nihilisme et les idéologies radicales.

« Le dieu Terme se dresse en gardien à l’entrée de monde. Autolimitation : telle est la condition d’entrée. Rien ne se réalise sans se réaliser comme un être déterminé. L’espèce dans sa plénitude s’incarnant dans une individualité unique serait un miracle absolu, une suppression arbitraire de toutes les lois et de tous les principes de la réalité. Ce serait la fin du monde. »

Ludwig Feuerbach, Contribution à la critique de la philosophie de Hegel, 1839

[1] Le titre du tableau est Caïn

[2] Par la délinquance

[3] Disparition de la culture française, de la laïcité, etc. ; repris par des organisations comme Riposte laïque

[4] Disparition de la race blanche, génocide par substitution par Aimé César, repris par des intellectuels de droite identitaire Renaud Camus (parti de l’Innocence) ou Alain Soral (Egalité et Réconciliation)

[5] En 1685 après la révocation de l’Edit de Nantes

[6] L’épisode du Mayflower et des pères pèlerins en est un épisode très connu

[7]« Les rues étaient pleines de nègres désœuvrés qui restaient adossés aux murs ou assis sur le rebord du trottoir à regarder passer les voitures avec la curiosité naïve d'enfants qu'on a emmenés au cirque. »

[8] « Leurs yeux noirs brillaient d'impatience, car, pour eux, prier avec les maîtres était un des événements de la journée. Les phrases antiques et colorées de la litanie aux évocations orientales étaient pour eux vides de sens, mais éveillaient néanmoins quelque chose dans leur cœur, et ils se balançaient toujours de droite et de gauche en chantant les répons: "Seigneur, ayez pitié de nous, Christ, ayez pitié de nous […] »

[9] Pour Karx Marx, dans son concept « d’accumulation primitive du capital » indique que la révolution industrielle a été favorisée par le capital issu de la traite négriaire.

[10] Sous-titre de l’ouvrage : 1914-1918 : populations occupées, déportés civils, prisonniers de guerre

[11] Par le passé, le Saint Siège avait déjà, par les bulles Veritas ipsa (2 juin 1537) et Sublimis Deus (9 juin 1537), considéré les Indiens d’Amérique comme des humains et interdit l’esclavage.

[12] La Tentation de l’Innocence, le Sanglot de l’Homme Blanc, Tyrannie de la Pénitence : essai sur le masochisme occidental

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