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Pourquoi la guerre et les conflits existent-ils ?

par Matt 22 Juillet 2016, 13:33 Relations internationales

Le chat, ce grand philosophe

Le chat, ce grand philosophe

Guerre et Paix entre les Nations

Carl von Clausewitz, illustre théoricien des relations internationales définit la guerre comme "un acte de violence destiné à contraindre l’adversaire à exécuter notre volonté". Mais pourquoi imposer sa volonté à l’autre ? Quels sont les objectifs recherchés par les puissances et pourquoi ces objectifs semblent incompatibles ? Bref, pourquoi la guerre existe-elle ?

Les unités politiques, fières de leur indépendance, jalouses de leur capacité de prendre seule les grandes décisions, sont rivales par le fait même qu’elles sont autonomes. Quel est donc le premier objectif que l’unité politique peut viser ?

  • Dans l’état de nature, toute unité politique aspire à survivre et a pour premier objet la sécurité (cf. Thomas Hobbes). La guerre n’est pas voulue pour elle-même. Plus les guerres sont cruelles, plus les hommes aspirent à la sécurité. La sécurité dans un monde d’unité politique autonome peut être fondée sur la faiblesse des rivaux (désarmement) ou sur la force propre. Si l’on suppose que la sécurité est la fin dernière des politiques d’Etat alors le moyen efficace sera d’établir un nouveau rapport de force ou de modifier l’ancien afin que les ennemis potentiels en raison de leur infériorité ne soient pas tentés de prendre l’initiative d’une agression.
  • On observe la volonté de certaines unités collective d’être fortes non pas seulement pour dissuader mais pour être craintes, admirées ou respectées. Elles veulent être puissantes, c'est-à-dire capables d’imposer leur vouloir aux voisins, d’influer sur le sort de l’humanité, sur le devenir de la civilisation.
  • La sécurité peut être un but dernier : ne plus craindre est un sort digne d’envie ; mais la puissance aussi peut être un but dernier : qu’importe le danger si l’on connait l’ivresse de régner ?

Hume explique lui cette conduite par l’esprit de compétition plutôt que par les calculs de la prudence. Quand la lutte est engagée, la victoire militaire devient le but en lui-même. La volonté d’une victoire absolue est souvent l’expression du désir de gloire plus que du désir de force et de puissance. Répugnance pour les victoires relatives à savoir les paix favorables, négociées après des succès partiels.

  • En somme 3 objectifs : la sécurité, la puissance, la gloire.
C'est d'abord la survie qui motive les guerres

C'est d'abord la survie qui motive les guerres

Considérons une unité politique c'est-à-dire une collectivité humaine occupant un fragment de l’espace. Quels buts est-elle alors susceptible de viser concrètement ?

Une collectivité occupe un certain sol : elle peut le juger trop étroit. La possession de l’espace est l’enjeu originel dans la rivalité des peuples. En deuxième lieu, les souverains ont souvent jugé leur grandeur d’après le nombre des sujets : convoitent donc les hommes hors de leurs frontières. Enfin, on note une volonté de convertir les peuples. L'élargissement de l'espace, l'augmentation des ressources matérielles et humaines sont à coup sûr des éléments de puissance et de sécuité, parfois même objet de gloire. Les croisades sont sublimes et dangereuses : ceux qui se battent pour le prestige n'en ont jamais fini.

  • Là encore une série de 3 objectifs : l’espace, les hommes, les âmes.

Reprenons le premier terme : l’espace. Les groupes humains se sont toujours disputés le sol sur lequel l’un s’est établi et que l’autre convoite. Dans les temps modernes, la lutte pour le sol a perdu la simplicité et la brutalité qu’elle avait jadis (même si elle reste particulièrement forte – conflits israélo-palestinien). Si on prend l’exemple français on peut demander,

  • 3 arguments typiques en faveur des conquêtes : importance militaire ou stratégique, avantage spatio-démographique, profit spatio-économique.
  • Chacun de ses arguments est soumis à la loi du changement. La valeur militaire, démographique, économique d’une terre change avec les techniques de combat et de production, avec les relations humaines et les institutions.

Cela dit, la prise de possession d’un espace peuplé pose des problèmes : la prise de souveraineté impose des dépenses d’administration à la métropole sans ne lui apporter aucun profit supplémentaire. La « mission civilisatrice » coûtait cher. Mais avantage certains des colonies: taux de profit élevé, garantie de débouché pour les produits manufacturés, ravitaillement assuré en matières premières. Entre l’avantage de posséder le sol et coût de prendre la responsabilité des populations, les Etats européens, la GB en tête, ont choisi la décolonisation.

La guerre économique peut également s'expliquer par cette analyse

La guerre économique peut également s'expliquer par cette analyse

La puissance offensive, la puissance défensive

Selon Clausewitz, ces deux principes sont les deux concepts supérieurs de la stratégie. Sont-ils et en quel sens les notions-clés de la politique extérieure, c'est-à-dire de la conduite diplomatico-stratégique ?

Puissance offensive : capacité d’une unité politique d’imposer sa volonté aux autres

Puissance défensive : capacité d’une unité de ne pas se laisser imposer la volonté des autres.

Sur le champ diplomatique, la défense consiste pour un Etat à sauvegarder son autonomie, à maintenir sa manière propre de vivre, à ne pas accepter la subordination de ses lois intérieures ou de son action extérieure aux désirs ou aux décrets des autres. Les « petites puissances » n’ont et ne peuvent qu’avoir des ambitions défensives. En revanche les « grandes puissances » veulent posséder la capacité offensive. Elles doivent alors prendre des initiatives, former des alliances, se mettre à la tête de coalitions. S’il les « grandes puissances » ne se sert que de sa puissance défensive alors il a une attitude isolationniste (cf. USA après la WW1).

L’opposition entre révisions et conservation ne détermine pas nécessairement la répartition des rôles et des responsabilités au moment où des hostilités éclatent. Autrement dit, il est concevable que l’Etat conservateur prenne l’initiative du recours aux armes.

  • Cf. Le choc de deux coalitions met au prises, d’un coté et de l’autre, des Etats conservateurs et des Etats révisionnistes (Ex : en 1914, Allemagne conservatrice qui attaque la France révisionniste)

Le choix d’une stratégie offensive ou défensive, la volonté d’une victoire totale[1] ou limitée, la préférence pour l’assaut direct que indirect : aucune de ces décisions ne se sépare de mais aucune n’est entièrement déterminé par la politique.

  • La propension à prendre l’initiative des hostilités dépend du rapport de forces d’abord, des chances de succès que chaque Etat ou chaque camp s’attribue ensuite. C’est l’idée que ce ne sont pas toujours les vaincus de la précédente guerre qui déclenche la suivante. De même, l’Etat insatisfait et agressif peut prendre l’apparence du pacifisme (cf. A. Hitler avant 1937).
  • Les objectifs visés, le rôle à l’origine des hostilités ne suffisent pas à déterminer le caractère d’une politique. Plus offensive apparait la politique d’un Etat qui tend à bouleverser non pas seulement la relation des forces mais le statut intérieur des Etats (cf. France révolutionnaire[2]).
  • Le choix entre une stratégie offensive et défensive n’est pas déterminée par la seule politique de l’Etat, les initiatives qu’il a prises ou les objectifs qu’il vise, elle est fonction aussi du rapport des forces, de la carte des hostilités et des jugements que les chefs militaires portent sur les mérites respectifs des deux manières « d’utiliser les engagements au service de la guerre ». En revanche, l’établissement du plan de guerre dépend, en théorie, de la relation des forces ou de la géographie du conflit.

L’enjeu n’est jamais entièrement déterminé à l’avance bien que ce qui « est en jeu » soit plus ou moins vaguement perçu par les acteurs. Peut être que les Etats souverains sont condamnés à se combattre parce qu’ils ont peur les uns des autres ?

 

[1] La victoire absolue ajoute au prestige des armes et constitue un appoint pour la diplomatie du vainqueur, cependant, elle est perçue comme très offensive.

[2] Est révolutionnaire la politique d’un Etat dont la victoire entrainerait l’effondrement des Etats traditionnels, la ruine du vieux principe de légitimité

Pourquoi la guerre et les conflits existent-ils ?

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